Bartolone refait l'histoire !

img_1597-200x300.jpgJoseph Thouvenel écrit au Président de l'Assemblée Nationale

Monsieur Le Président,
 

Une rumeur insistante voudrait que le buste d’Albert de Mun placé dans la salle des quatre colonnes en vis-à-vis de celui de Jean Jaurès, soit prochainement retiré au profit d’une personnalité féminine.
Sauf erreur de ma part, le choix fait par vos prédécesseurs était celui d’honorer des figures du parlement représentant les deux grands courants de l’assemblée.
Je crois, Monsieur le président, qu’il est symboliquement important de conserver cet équilibre républicain, si il est tout à fait possible et même souhaitable d’y adjoindre deux grandes figures féminines de l’assemblée. 
La surface de la salle  des 4 colonnes autorise d’y installer deux bustes de personnalités féminines représentatives des deux grandes sensibilités qui font notre république.
Monopoliser la représentation historique de notre histoire parlementaire au profit d’un seul courant de pensée, serait un acte partisan et sectaire qui affaiblirait l’indispensable unité nationale rassemblée autour de nos valeurs démocratiques.
Pour mémoire, permettez-moi Monsieur le Président de rappeler quelques actions du député Albert de Mun.
Le 25 janvier 1884 à l’occasion d’une interpellation sur la crise économique (déjà !) il invite le gouvernement à « préparer l’adoption d’une législation internationale qui permette à chaque Etat de protéger l’ouvrier, sa femme et son enfant contre les excès du travail, sans danger pour l’industrie nationale ».  Son intervention eu un grand retentissement en France et à l’étranger. Cette idée d’une législation internationale du travail eu sa conclusion pratique 35 ans plus tard, dans la section II de la 13e partie du traité de Versailles.
Quelques mois plus tard Albert de Mun défend la possibilité pour les syndicats de « recevoir des dons et legs immobiliers et acquérir tels immeubles qu’il leur conviendra pour la création de logements d’ouvriers, d’asiles pour l’enfance et la vieillesse et de maisons pour les blessés et les malades ». Amendement refusé par la chambre. Il faudra attendre 1919 pour accorder aux syndicats la personnalité civile et le droit de posséder.
En octobre 1884, Albert de Mun défend le principe de la responsabilité collective de la profession en cas d’accident du travail. Principe créateur des caisses d’assurance accidents. 
Deux ans plus tard il déposait une proposition de loi sur la protection des ouvriers victimes d’accidents dans leur travail.
Le risque professionnel ne sera reconnu que 10 ans plus tard.
En février 1886, Albert de Mun dépose une proposition de loi visant l’interdiction du travail des enfants avant 13 ans. Il réclamait en outre une journée de travail maximale de 11h au lieu de 12h en vigueur, et le repos dominical.
En 1886, il pose le principe de la retraite pour les ouvriers et paysans, ce qu’il appelait : « la protection des ouvriers contre les conséquences de la maladie ou de la vieillesse ».
Il est à noter que la voix d’Albert de Mun trouvait plus d’échos à l’extrême gauche que dans la majorité centre-gauche, défenderesse du libéralisme économique façon XIXe siècle.
La chambre refusa de reconnaitre le risque professionnel, elle repoussa le principe du repos dominical, elle écarta la proposition de de Mun, d’interdire pendant 4 semaines le travail aux femmes accouchées.
Ce n’est qu’en 1913 que les femmes enceintes ou accouchées purent bénéficier d’un repos rémunéré.
En 1889 Albert de Mun réclame la journée maximale de 10h et fait scandale auprès de la très grande majorité de ses collègues en souhaitant que dans un avenir proche, soit mis en place la journée de 8 heures.
Il soutint dès 1889 la fixation d’un salaire minimum par la loi, arguant qu’aux yeux des catholiques sociaux, l’intervention de l’Etat, dans ce domaine n’était ni abusive, ni arbitraire.
En 1892 Albert de Mun demande que la loi sanctionne le renvoi d’un ouvrier ou le refus de l’embaucher lorsque le motif est sa qualité de syndiqué.
Voilà quelques actions sociales qui justifient pleinement le maintien du buste de votre ancien collègue à côté de celui de Jean Jaurès.
En l’attente de votre réponse et en étant tout à fait disposé à vous rencontrer si vous le jugez utile, 
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes respectueux sentiments.


Joseph THOUVENEL

Vice-président CFTC

 

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