« Les salariés sont plus mécontents de leur feuille d’impôt que de leur fiche de salaire »

Philippe Louis (CFTC) : « Les salariés sont plus mécontents de leur feuille d’impôt que de leur fiche de salaire »

16 novembre 2015 à 20h13

Le syndicat propose de construire un « nouveau contrat social » qui assure à tous une place dans le monde du travail, au-delà des statuts : salarié, indépendant, autoentrepreneur, travailleur humanitaire ou associatif...

Les faits - Le 52e congrès de la CFTC s’ouvre ce mardi ; il durera jusque vendredi, dans un contexte rendu très particulier par les événements du week-end. Son président Philippe Louis sollicite un second mandat à la tête de la confédération. Satisfait que la CFTC ait réussi l’épreuve de la représentativité en 2013, Philippe Louis souhaite désormais faire progresser l’idée d’un nouveau contrat social en mobilisant le compte personnel d’activité pour « fluidifier le marché du travail ».

Quelle réponse peut apporter le syndicalisme - et singulièrement la CFTC d'inspiration sociale chrétienne - au défi que posent les violences que nous venons de vivre ?   

Nos valeurs nous renvoient vers une spiritualité assumée. La richesse de la CFTC est de se référer à des valeurs sociales-chrétiennes même si nous avons des militants de toutes confessions (ou sans confession). Nous sommes tous indignés de voir que certains s'autorisent à ôter la vie des autres. Face à cela, le message que peut porter la CFTC est de rester vigilant à l'égard de tout ce qui peut faire progresser la discrimination dans l'entreprise. Nous devons construire un monde qui offre une place à tous. C'est le sens du nouveau contrat social que la CFTC se propose de construire en organisant la fluidité du marché du travail et en garantissant des salaires décents, ainsi que l'accès à une même protection sociale. À titre d'exemple, combien de jeunes des quartiers avaient pu ressortir leurs costumes du placard grâce à UberPop ? Nous devons accompagner ce type d'évolution tout en permettant de financer des droits sociaux, ce qu'UberPop ne permettait pas de faire.

Aux lendemains des attentats qu’a connu Paris, syndicats et patronat ont communiqué chacun de leur côté mais l’indignation est la même. Pourquoi n’y a-t-il pas eu de déclaration commune ?

La CFTC, après concertation avec deux autres organisations syndicales (CFDT et Unsa), avait proposé aux autres d’avoir une déclaration commune à l’ensemble des partenaires sociaux. Après concertation avec l’ensemble des organisations syndicales, il a été décidé de s’en tenir à une déclaration commune des seuls syndicats. 

Comment abordez-vous le congrès qui s’ouvre ce mardi  ? 

Ce congrès a été bien préparé avec une motion qui trace les pistes de réflexion pour les quatre années à venir. Sur le plan interne, nous avons une équipe qui change à la marge : Pascale Coton [secrétaire générale du bureau sortant] devrait s’occuper davantage de la protection sociale avec un poste de vice-présidente. Bernard Sagès [trésorier du bureau sortant] devrait assurer le secrétariat général et Isabelle Therain, actuelle présidente de la fédération de l’enseignement privée, assurera le poste de trésorière. Joseph Thouvenel conserverait une des deux vice-présidences. Voilà le dispositif qui doit encore être validé par nos militants jeudi soir.

Vous sollicitez un nouveau mandat à la tête du syndicat. Quel bilan tirez-vous de votre premier mandat ? 

Je sollicite en effet un second mandat en ayant terminé le premier à la tête d’un mouvement pacifié. En 2008, nous étions arrivés au Congrès de Strasbourg avec deux équipes concurrentes ce qui avait occasionné quelques frottements en interne. Nous sommes parvenus à faire en sorte que ces clivages disparaissent. Nous n’avons plus deux clans et surtout nous avons passé l’étape de la représentativité en 2013. Nous avons aussi réussi à faire progresser notre idée de construire un statut du travailleur avec des droits attachés qui suivent le parcours professionnel. C’est de cette philosophie que relèvent les droits rechargeables, prévus dans la dernière négociation sur l’assurance-chômage ,ou la portabilité des droits à la formation. Je constate par ailleurs que le mode d’action promu dans le cadre du Pacte de responsabilité correspond à la vision des choses portée par la CFTC qui est plus dans la négociation que dans l’affrontement. Même si le bilan du Pacte n’est peut-être pas aussi bon qu’on aurait pu le souhaiter puisque toutes les branche n’ont pas entamé des négociations en contrepartie de l’aide accordée par les pouvoirs publics. 

Dans quelle direction proposez-vous d’engager la CFTC pour votre second mandat ?

Nous voulons mettre en place un nouveau contrat social. La multiplication des nouveaux modes d’activité, dont Uber est la manifestation la plus emblématique, va bouleverser notre organisation sociale. Nous voulons que ces bouleversements soient anticipés. À ce titre, nous voulons faire ducompte personnel d’activité (CPA) quelque chose d’ambitieux, par exemple en faisant en sorte que les périodes de transition entre deux emplois puissent être mises à profit pour faire de l’humanitaire ou de l’associatif tout en continuant d’acquérir des droits sociaux, en monétisant ses droits à congés non pris par exemple.

Une des propositions mises en avant consiste à lier la rémunération à l’utilité sociale et à plafonner les salaires. N’est ce pas irréaliste dans une économie de marché ?

Si nous avons la volonté de le faire, pourquoi cela ne se ferait-il pas ? Par exemple dans le domaine des services à la personne, nous avons des métiers très utiles. Pourquoi les salaires ne seraient-il pas revalorisés en tenant compte des économies engendrées du fait que le maintien à domicile coûte moins cher qu'un placement en maison de retraite ?

Quel est le point de l’accord sur les retraites complémentaires dont êtes le plus satisfait et, au contraire, celui qui vous paraît le plus difficile à faire passer auprès des militants ?

Nous étions face à des régimes de retraite en situation de déficit et dont les réserves étaient en train de s’assécher rapidement. Il n’y avait pas 36 solutions pour rétablir la situation : soit on sortait de l’impasse par le haut, soit nous ne faisions rien et nous étions contraints de laisser la main à l’État qui aurait mis en place la retraite à 63 ans en 2018. La CFTC a toujours revendiqué la retraite à la carte. La décote temporaire nous convient parce qu’elle laissera aux salariés la possibilité de partir à la retraite avant 63 ans. Par ailleurs, nous avons obtenu l’assurance que les petites retraites ne seraient pas touchées. Si l’espérance de vie en bonne santé continue de croître, il sera toujours temps de se poser la question d’un nouveau recul de l’âge légal. Pour l’heure nous tenions à conserver l’âge légal à 62 ans.

Comment jugez-vous le climat social  ?

Il y a aujourd’hui des salariés en difficulté qui sont inquiets et impatients face à la situation du marché de l’emploi mais je n’ai pas le sentiment que, dans les entreprises, les gens soient fermés au dialogue. Ils sont au contraire prêts à discuter de solutions équitables pour garantir la pérennité des entreprises dans lesquelles ils travaillent. En réalité les gens sont plus mécontents de leur feuille d’impôt que de leur fiche de salaire.

Quelle seront les priorités de la CFTC dans la future négociation sur l’assurance-chômage ?

Nous ne sommes pas en capacité de remettre tout le monde au travail aujourd’hui. Il faut en tenir compte en abordant ce dossier. C’est la raison pour laquelle je crois plus dans la fluidification du marché du travail que dans la restriction des droits d’assurance-chômage. Il faut faire en sorte que les gens qui ont par exemple un projet de création d’entreprise puissent le mener à bien en libérant leur poste avec à la clef des facilités de formation. Il faut étendre les dispositions comme celle qui avait été introduite dans l’accord de 2013, permettant de quitter une entreprise pour y revenir 

À quelle condition considérerez-vous que la réforme du Code du travail sera réussie ?

Nous ne devons pas casser ce qui permet de réguler le climat social. Et dans le dispositif actuel, la branche professionnelle est un élément essentiel car elle permet d’éviter le dumping social entre entreprises d’un même secteur. Il faut néanmoins organiser les branches et permettre des dérogations au niveau de l’entreprise. C’est ce qui a été prévu par exemple pour le temps partiel minimal de 24 heures hebdomadaires : certaines branches permettent aux entreprises de déroger à la règle. C’est aussi vrai pour les 35 heures de travail hebdomadaires, pour lesquelles des souplesses existent désormais pour définir le seuil de déclenchement des heures supplémentaires. Il faut surtout rendre lisible le Code du travail.

Quels sont les critères qui doivent guider les regroupements de branches professionnelles ?  

Il faut d’abord définir ce qu’est une branche. Quand on dit qu’il y a 700 branches professionnelles aujourd’hui, on confond un peu branches professionnelles et conventions collectives. Il faut donner une personnalité morale aux branches professionnelles en créant une centaine de comités de branches qui se répartiront ensuite les conventions collectives.

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