Je suis sage-femme : avec ses annonces, Marisol Touraine se moque de nous !

Je suis sage-femme : avec ses annonces, Marisol Touraine se moque de nous !

Observateur le Plus :Publié le 04-03-2014 à 17h52 - Modifié à 17h53

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Lenaig

Par Lénaïg Macé

Sage-femme CFTC( hôpital de Vitré)

LE PLUS. En réponse au mouvement de grève porté par les sages-femmes depuis plusieurs mois, la ministre de la Santé Marisol Touraine a annoncé ce mardi matin une série "d'avancées sans précédent pour la profession". Des "petits arrangements entre amis" que dénonce notre contributrice Lénaïg Macé, membre du Collectif des sages-femmes.

Édité par Yoann Labroux-Satabin  Auteur parrainé par Rozenn Le Carboulec

Mariesoletouraine

 

La ministre de la Santé Marisol Touraine en visite à l'hôpital d'Avicenne à Bobigny le 31 décembre 2012 (A.WILLIAM/SIPA). 

Aujourd’hui, la ministre de la Santé a annoncé en conférence de presse "une grande avancée pour la profession de sage-femme". 

Un discours très bien préparé, qui a donné aux médias l’illusion d’un programme bienveillant et correspondant aux revendications portées par une profession en grève depuis plus de 4 mois

On nous reconnait un statut médical...sans en tirer les conséquences

 Les sages-femmes souffrent depuis plus de 30 ans d’un manque de reconnaissance, d’un manque de visibilité. Que leur offre donc aujourd’hui Mme Touraine ?

Un statut médical de sage-femme des hôpitaux, c'est-à-dire un "truc" tout nouveau, dont on ne sait absolument pas ce qu’il contiendra, si ce n’est le mot "médical", pour essayer de calmer la profession > Mais on ne veut toujours pas nous mettre dans la même case que les autres professions médicales…tout en concédant nos points communs : plus de gestion par des cadres paramédicaux, davantage de participation aux projets médicaux des établissements, reconnaissance des actes effectués par les sages-femmes. 

Pourquoi s’entêter à ne pas respecter le Code de la santé publique, dans lequel est bien écrit noir sur blanc que le métier de sage-femme est une profession médicale au même titre que celui de médecin, chirurgien dentiste et pharmacien ? Le statut de praticien hospitalier, demandé par la profession, n’est pas un statut de médecin, mais un statut de profession médicale !

Une valorisation des compétences des sages-femmes, passant par une campagne de communication auprès du public et des autres professionnels de santé. Il était temps. > Nous veillerons à ce que ce soit fait. Car la promesse d’une telle communication nous a été faite il y a déjà presque 10 ans, et nous l’attendons toujours…

La création possible d’unités fonctionnelles gérées par des sages-femmes, au sein des hôpitaux, pour les grossesses et accouchements à bas risques. Seulement si le projet médical le prévoit. Après validation par la Commission Médicale d’établissement. Donc encore et toujours sous la tutelle des médecins. > L’autonomie et l’indépendance des sages-femmes est encore une fois niée ! Là aussi, le Code de déontologie des sages-femmes est clair, mais la Ministre s’entête à ne pas le voir !

Nous ne sommes pas dupes : nous savons que face aux médias, le ministère valide la création d'unités physiologiques, mais dans le même temps, les conseillers de la Ministre rassurent les médecins sur la très faible probabilité de leur mise en œuvre !

Des avancées pour les étudiants sages-femmes, avec alignement de leur rémunération sur celui des étudiants en médecine : bien ! Parfois on nous met dans la bonne case, quand même…

Mais aucune décision concernant l’enseignement et l’universitarisation des études> Toujours pas de statut pour les enseignantes, qui ont à l’heure actuelle la situation la plus précaire de la profession ! Notre formation initiale à l'université ne pourra pas évoluer vers l'autonomie tant attendue par toute la profession, du fait de l'absence de statut des enseignantes…

Enfin, la Ministre s’est engagée à ce que des revalorisations salariales démarrent au plus vite. Au sein de la fonction publique hospitalière (FPH). > Et nous savons que tant que notre profession sera contenue dans la FPH, le niveau de grille proposé risque de ne pas être à la hauteur de nos compétences et de nos responsabilités (notamment pénales, qui elles, sont bien reconnues par les tribunaux et assureurs !), et bien sûr, de nos attentes.

Face aux pressions, le mouvement doit continuer

Ces annonces montrent clairement un défaut de prise de position tranchée face aux pressions que les sages-femmes subissent depuis le début de leur mouvement.

Que doit la ministre aux médecins ?

Que doit-elle aux organisations syndicales - hormis la CFTC qui seule a compris et suivi les revendications de la profession ?

Pourquoi se plier à ce que ces derniers demandent, sans tenir compte de la légitimité des revendications de toute une profession  

Tout cela montre bien la partialité du ministère lors des groupes de travail, régulièrement dénoncée par le collectif des sages-femmes.

Madame Touraine, nous ne sommes pas à vendre!

On n’achète pas une profession. Nous ne sommes pas à vendre. Et depuis 4 mois nous avons appris à ne pas nous taire. Les réactions publiées ce matin sur les réseaux sociaux laissent bien entendre que la profession ne va pas s’arrêter là.

Marisol Touraine, aujourd’hui, a entériné l’injustice faite aux sages-femmes.

Une assemblée générale est prévue demain à 20h pour décider de la suite du mouvement. La grève continue et cette fois, la colère porte un nom : Marisol Touraine !

Madame la ministre : en vous moquant aussi triomphalement des sages-femmes, c'est toutes les femmes que vous humiliez ! Attention à ne pas nous sous-estimer..

 

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